Mes études de médecine

Je vous invite dans une garde aux urgences.

Chaque garde de 24 heures passée aux urgences est une source d’anxiété importante pour les internes. Passage obligé pour notre formation, elles nous permettent de gagner en expérience, en confiance mais aussi quelques rides !
Parce que chaque garde nous réserve son lot de surprises et d’émotions associées, je vais vous en raconter quelques instants… ( c’est pour vous, futurs internes 😉 ! )

18h30 : Début officiel de la garde ( mais la journée a commencé à 8h30… ). Le DECT , alias le portable de l’interne, peut sonner à tout moment. Une sonnerie qui me fait sursauter à tous les coups ! Et mon coeur qui s’emballe avec…
19h15 : Premier appel de l’interne d’hepatogastro qui me demande de regarder les résultats de la prise de sang d’une patiente. Ça je sais faire, mais que ferai je du résultat ? Je le note sur mon pense-bête.
20h : Appel du SSR ( le service de soins de suite et réadaptation ) pour une patiente qui a 40 de fièvre. Je commence à stresser. Le senior me dit de ne pas me précipiter à son chevet et de prescrire un bilan infectieux. Ok chef. Les constantes sont bonnes ; je passerai « dès que possible ». Je n’aime pas repousser ma venue car je me dis que la situation peut vite s’aggraver. Il est essentiel de voir le patient pour jauger son état de santé. « Mieux vaut prévenir que guérir «.
Mais pendant ce temps le flux des patients s’accentue aux urgences…
22h : Une mamie a chuté dans les étages. Rien de casser à priori. Mais la procédure veut que l’interne de garde se déplace pour constater l’état de santé. J’y vais en traînant les pieds car je ne suis pas l’aise quand je me déplace dans ces grands couloirs vides… c’est tellement glauque !
Après un rapide examen clinique, je confirme que la patiente va bien. Un bon point : elle n’est pas sous anticoagulants.
23h: J’ai un flash : j’ai oublié de vérifier les résultats de la patiente d’hepatogastro ! Je découvre effarée une anémie à 6,6 d’hémoglobine. OH MON DIEU. C’est la panique à bord : je cours presque pour aller voir la patiente. Quand j’arrive elle dort paisiblement. Elle n’est pas en détresse. Elle n’est pas en bon état général mais il n’y pas de critère de gravité de l’anémie. Après une discussion réfléchie avec le senior, nous décidons de ne pas la transfuser. Mais je resterai inquiète toute la nuit, passant des appels fréquents à l’infirmière…
Minuit l’heure du :… SUSHI ! Les sushis commandés par les (meilleurs) médecins de garde (du monde) sont servis, il est l’heure de prendre une toute petite pause bien méritée… Juste après, je file au SSR voir la patiente qui a de la fièvre. Elle est malheureusement en limitations de soins…quoi qu il arrive le miracle n’aura pas lieu. Je la laisse se reposer et prescrit de quoi la soulager.
02h00 Je suture une plaie de la paupière supérieure chez un jeune homme. Un acte de précision. Mais j’en profites pour discuter avec lui. Il me dit que l’on fait un « métier de ouf » et me remercie pour le bon moment passé malgré tout. Ça me rebooste pour tenir le coup !
03h30 La fatigue se fait sentir… je m’agace de voir patients qui viennent « pour pas grand chose ». Je ne supporte pas être comme ça, mais arrivée une certaine heure je perds patience. C’est LE signal d’alarme qu’une pause est nécessaire. Quand on prend en charge des patients et qu’on est fatigué, on a tendance à faire plus d’erreurs… Je pense ( mais ce n’est que mon avis ) qu’l vaut mieux faire une micro sieste et poursuivre la garde en étant ( au minimum ) reposé !
04h20 J’ai l’occasion d’aller me coucher…mais non : le DECT me réveille alors que je partais dans mes rêves…Et là je peux vous dire que c’est HORRIBLE de se faire réveiller par la sonnerie du téléphone : je n’ai pas du tout envie de me lever. Une nouvelle chute chez une personne âgée qui déambule dans les couloirs. C’est reparti… je fais vite car j’espère pouvoir me recoucher après !
05h30 : je suis réveillée dans ma courte nuit par une question de dosage d’insuline pour une patiente diabétique. J’ai la tête dans le brouillard mais j’arrive à un semblant de réflexion censée que je propose à l’infirmière.
07h20 Il y a trop de monde aux urgences ce qui signe la fin de ma courte nuit… une dame de 94 ans est mal en point. Elle n’arrive plus à respirer… et malgré tous nos efforts elle décédera dans le service alors que sa famille est en route. Coup dur dès le matin… Je réalise de plus en plus qu’on ne fait pas de miracle mais dans ce cas précis j’aurai aimé qu’elle puisse avoir sa famille à ses côtés. J’ai l’impression d’avoir été impuissante face à la mort, et je déteste ce sentiment.
09h15 Après la relève du service il est temps de rentrer chez soi… La tête dans le brouillard après 25 heures passées aux urgences… Épuisée est un petit mot pour décrire mon état de fatigue. Pourtant il faudra recommencer dans quelques jours !
Alors qui veut venir la prochaine fois ?

2 commentaires pour “Je vous invite dans une garde aux urgences.

  1. Juliette Répondre

    OUI vous faites un métier de ouf ! 😉
    Merci de partager avec nous ton quotidien, et tout simplement merci d’avoir choisi cette voie. J’espère que dans les moments durs tu arrives à garder le sourire et la motivation, je te souhaite le meilleur pour la suite.

    Juliette

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